Effets du thé enrichi aux bonnes intentions sur la santé

Qu’est-ce que les repas faits maison ont de plus que ceux achetés en commerce ? Peut-être que l’intention de préparer un bon repas y est pour quelque chose. Reste à déterminer si l’intention seule peut avoir une action réelle sur les aliments.

C’est une étude originale et audacieuse qu’a mené le psychologue américain Dean Radin en 2013 pour savoir si boire du thé enrichi aux bonnes intentions avait plus d’effet sur la santé que du thé quelconque. Il s’est basé sur un constat bien simple : boire du thé quelconque en croyant qu’il vous fera du bien est efficace, c’est l’effet placebo bien connu. L’apport de cette étude est de montrer que le thé enrichi aux bonnes intentions va soigner au-delà de l’effet placebo.

Illustration de la cérémonie du thé, une tradition très ancrée en Chine

L’ETUDE

L’étude s’est déroulée à Taiwan, dans le cadre d’un programme de prévention de la dépression saisonnière au sein de la Kaohsiung Medical University. Les auteurs de l’étude ont demandé à 3 moines de la fondation bouddhiste Bliss Wisdom de porter leur attention sur du thé avec une même pensée pour les trois :

« La personne qui boira ce thé verra sa santé physique, émotionnelle et mental s’améliorer et va sentir en elle plus d’énergie, de vigueur et de bien-être ».

189 adultes divisé en deux groupes ont pris part à l’étude qui a duré 7 jours. Chaque soirs, les participants ont rempli un questionnaire évaluant leur humeur. Au troisième, quatrième et cinquième jour, on leur fait boire du thé provenant de la même source. A l’un des groupes on donne du thé « enrichi » aux bonnes intentions des moins bouddhistes tandis qu’à l’autre groupe on donne le même thé mais sans traitement particulier. Pour respecter la démarche scientifique, ni les participants ni les expérimentateurs ne savent quel type de thé ils possèdent. A la fin du septième jour, on demande aux participants quel thé ils croient avoir bu (ceci afin d’isoler l’effet placebo).

LES RESULTATS

Les résultats sont de trois ordres :

D’une part les personnes qui croient boire du thé enrichi mais qui ne l’est pas en réalité voient leur humeur tout de même s’améliorer. Nous avons là l’effet placebo. Dans le graphique ci-dessous, l’action de l’effet placebo se voit grâce aux résultats « untreated tea », qui montrent que l’humeur s’améliore d’environ 10 points.

D’autre part, les personnes qui boivent du thé réellement enrichi tout en y croyant voient leur humeur s’améliorer jusqu’à 20 points (la partie « treated tea » dans le graphique). C’est toute l’originalité de cette recherche : montrer que le thé réellement enrichi aux bonnes intentions sans que les participants le sache améliore encore plus l’humeur que le thé non traité. En posant cette simple question à la fin de l’expérience « Pensez-vous avoir bu du thé enrichi ? », Radin a réussi à isoler l’effet placebo et mis en évidence l’effet de l’intention seule. Il fallait y penser !

Enfin, cette étude permet également de mettre en valeur l’effet contraire du placebo, appelé « effet nocebo » : que le thé soit traité ou non, aucune différence n’est observée au sein des personnes qui pensent boire du thé quelconque (dans le graphique, c’est le bloc du milieu, « belief : untreated »). Par conséquent, pour que les bonnes intentions soient efficaces, il faut y croire.

DISCUSSION

Cette étude est exploratoire et comme toutes recherches, elle n’est pas parfaite. Radin avait lui-même effectué une recherche similaire en 2007 avec du chocolat, connu pour être un antidépresseur naturel. Il avait alors pu montrer que le chocolat enrichi de bonnes intentions avait un meilleur effet sur l’humeur que le chocolat seul. L’accueil de ces deux études ayant été très faible, il semble qu’aucune critique officielle n’ait été formulée. Radin lui-même décrit quelles sont les points faibles de sa recherche :

L’analyse des résultats montre que certains questionnaires n’étaient que partiellement remplis. Les auteurs ont donc déduit les réponses manquantes en fonction des réponses déjà données. C’est une procédure commune en analyse statistique mais la conséquence est que les analyses sont basées sur des estimations, ce qui affaiblit la force des résultats.

Dans la répartition des groupes, on voit que le groupe des « croyants » est composé de 55 personnes tandis que le groupe des « incroyants » ne comporte que 33 personnes. La plupart des participants (101) n’ont pas pu se déterminer s’ils pensaient avoir bu du thé traité ou non. Ces disparités au sein des groupes diminuent également la force des résultats.

Une autre critique concerne la longueur des questionnaires sur l’évaluation de l’humeur que les participants ont dû remplir tous les soirs. 63 questions à répondre peut provoquer un effet de lassitude et des réponses moins fiables. Notez que cette remarque est valable pour la plupart des expérience en psychologie, qui se basent souvent sur des questionnaires.

CONCLUSION

Cette étude suggère que non seulement la croyance (c’est-à-dire l’effet placebo), mais aussi les bonnes intentions jouent un rôle dans le processus thérapeutique. Avec celle du chocolat, ces deux études donnent des indications sur les futures recherches à mener mais ne constituent pas une preuve irréfutable de l’effet des bonnes intentions sur la santé. Par exemple, une question que l’on peut se poser est le nombre d’années de méditation qu’il faut accumuler pour pouvoir prétendre enrichir un aliment. Comme le relève Radin, cette recherche ne donne qu’un résultat modeste.

L’influence de l’intention sur l’état physique ou psychique est un sujet controversé. Beaucoup de personnes en usent (et abusent ?) pour soigner, sans que les mécanismes soient encore compris. Espérons qu’à l’avenir ce type de phénomène soit mieux reconnu et obtienne plus de financement pour mener d’autres recherches effectuées par des laboratoires indépendants comportant plus de participants.

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REFERENCES

Shiah, Y.-J. & Radin D. : Metaphysics of the Tea Ceremony : A Randomized Trial Investigating the Roles of Intention and Belief on Mood While Drinking Tea. Explore, November/December, 2013, Vol.9, No.6
http://dx.doi.org/10.1016/j.explore.2013.08.005

Radin, D., Hayssen G., Walsh J. : Effects of intentionally enhanced chocolate on mood. Explore (NY). 2007;3(5):485–492.
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/17905358

CREDITS

Singapore Brides
Illustration de la cérémonie du thé
https://singaporebrides.com/articles/2015/11/chinese-wedding-tea-ceremony-guide/

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